François Hollande a t-il assassiné des terroristes ?

Le livre « Un président ne devrait pas dire ça », série de confidences du Président de la République, François Hollande, accordées à deux journalistes du Monde, est sorti le 12 octobre dernier.  En revenant sur les principales mesures entreprises par le président français pendant son mandat, ce livre a fait la polémique, mettant en avant les éliminations de terroristes commises par l’État français ces dernières années.

Agrégat d’interviews réalisées tout au long du mandat de François Hollande par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, journalistes du journal Le Monde, le livre revient sur les décisions prises par le Président de la République pour combattre le terrorisme. La page 274 de l’ouvrage a retenu l’attention des médias et du grand public. François Hollande y explique les mesures de neutralisation entreprises par les services secrets français à l’égard des terroristes de Daesh, alors que la France est encore sous le choc des attentats ayant frappé la France le 7 novembre 2015, au Bataclan, au Stade de France et dans plusieurs cafés parisiens.

Les deux journalistes d’investigation interrogent le président français. Le président français expose d’abord l’importance de la possibilité d’élimination de terroristes « s’il y a un acte d’une certaine importance, et qu’on a la preuve qu’il a été diligenté de l’extérieur, on n’échappera pas non pas à une frappe chirurgicale à un endroit ». La défense de François Hollande, c’est que le niveau de risque encouru par la France mérite la neutralisation des hommes qui menacent d’en perpétrer de nouveaux.

Le président français n’est pas pour autant un fervent défenseur de ce type d’assassinats ciblés. Il assure n’avoir décidé que de quatre neutralisations entre juin 2012 et octobre 2015, soit moins de deux neutralisations par an, dans un contexte sécuritaire difficile sur le territoire français, avec la multiplication des attentats entre 2014 et 2016, du massacre de  Charlie Hebdo à l’assaut du Bataclan en passant par l’assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray.  Comme l’explique le Président de la République, ce permis de tuer n’est délivré qu’à de très rares occasions, dans des circonstances impliquant directement la sûreté du territoire français « si c’est coûteux et que ce n’est pas stratégique, il n’y a aucune raison de décider d’une frappe ou d’une intervention. Si c’est coûteux mais stratégique, il faut quand même la faire ».

Ces révélations ont été coûteuses pour le chef de l’État, critiqué par de nombreux blogs, appelant à son jugement devant la Cour pénale internationale. Le problème de ces accusations est qu’elles méconnaissent souvent le droit international. Comme le reconnaît le site complotiste WikiStrike, un des catalyseurs de ce mécontentement « on ne sait pas encore où ont été pratiqués ces assassinats ». Cette information n’est pas une gageure. La France ne peut pas être attaquée devant la Cour Pénale Internationale pour des actes commis sur le territoire d’un État n’ayant pas ratifié le statut de la Cour Pénale Internationale. La Libye et la Syrie n’ont ainsi pas ratifié le statut de cette cour, ce qui exclut de facto des poursuites de la France sur la base de neutralisations commises dans ces pays.

Ces critiques, émises par de nombreux sites internet, négligent donc deux aspects primordiaux du combat mené par la France contre les terroristes de Daesh, comme l’a rappelé plus tard le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, interrogé sur Europe 1 le 6 novembre dernier « François Hollande est aussi gardien des intérêts globaux de la France et de la nécessité d’agir, il prend les décisions quand il faut les prendre concernant notre propre sécurité ».

On retient donc que le Président français a pris ces décisions dans un cadre légal incertain, mais surtout que ces décisions ont été prises à de très rares occasions, pour protéger l’État français d’un danger menaçant. Un président devrait-il laisser les terroristes attaquer la France ? Il semble que François Hollande ne le pense pas.

Par La rédaction

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