Election présidentielle américaine, le FBI travaille-t-il pour Donald Trump ?

donald_trump_and_hillary_clinton_during_united_states_presidential_election_2016

 

La campagne pour les élections présidentielles américaines a été riche en attaques directes et en coups bas. Rien d’étonnant dès lors qu’elle soit un terrain rêvé pour les rumeurs en tous genres et les théories du complot les plus farfelues. L’une de ces dernières, avance même que le FBI a cherché à favoriser Donald Trump.

Comment cette théorie a-t-elle surgi ?

Vendredi 28 octobre, le patron de l’agence fédérale d’investigation (la super-police des Etats-Unis), James Comey, a annoncé que l’enquête sur les emails de Hillary Clinton, la candidate démocrate à l’élection présidentielle, était relancée.

Il n’en fallait pas plus que fleurisse sur la Toile, dès l’annonce de cette décision, une théorie selon laquelle le FBI ferait le jeu de Donald Trump, l’adversaire d’Hillary Clinton, et des Républicains. D’autant que quatre jours plus tard, le FBI publiait plusieurs documents mettant en cause Bill Clinton, époux d’Hillary et ancien président des Etats-Unis (1992-2000) selon lesquels ce dernier aurait amnistié un homme d’affaires douteux, un certain Mark Rich. A l’évidence, donc, le FBI voudrait qu’Hillary Clinton ne devienne jamais présidente !

Pourquoi cette théorie est fausse ?

Petit retour en arrière. L’enquête du FBI sur les emails d’Hillary a commencé en 2015, mais remonte en fait à 2012, lorsque une attaque terroriste a été perpétrée en Libye contre l’ambassade des Etats-Unis à Benghazi. A ce moment-là, des mails qui étaient classés top secret ont été découverts sur la messagerie privée (et donc non protégée, non cryptée) d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, l’équivalent de notre ministre des Affaires étrangères. Or une loi sur les archives fédérales interdit aux fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement des Etats-Unis d’emporter chez eux ou de divulguer des documents classés top secret. Cette loi s’applique a fortiori à la secrétaire d’Etat, cheffe de l’administration des affaires étrangères aux USA.

L’enquête du FBI a porté sur cette correspondance, c’est-à-dire sur les mails classés secret envoyés et reçus depuis la messagerie privée d’Hillary. Si le FBI avait découvert une intention délibérée de communiquer ces emails – et leur contenu – à des personnes qui n’auraient pas du y avoir accès, Hillary aurait été accusée d’avoir enfreint la loi sur les archives fédérales. Mais en juillet 2016, le FBI a annoncé, par la voie de son directeur, que si Hillary avait fait preuve de « négligence », rien ne permettait d’affirmer qu’elle avait délibérément voulu divulguer ou transmettre des informations classées secret. L’affaire était donc officiellement classée. Sauf que, en pleine campagne électorale, les Républicains ne l’entendaient pas de cette oreille. Cherchant à exploiter tout ce qui pouvait déstabiliser ou fragiliser la candidate démocrate, leurs parlementaires au Congrès ont fait part au FBI de leurs réserves. En conséquence, le patron du FBI a du les rassurer en leur promettant qu’il leur ferait part de toute information supplémentaire, nouvelle, dans cette affaire.

C’est ce qu’il s’est passé vendredi 28 octobre découle donc de cet engagement pris par le directeur du FBI auprès du Congrès des Etats-Unis. Comme l’enquête menée par le FBI, qui n’a jamais été classée, a fait apparaître de nouveaux éléments au cours des dernières semaines, en l’espèce de nouveaux mails envoyés depuis la messagerie de Mme Clinton durant la période incriminée, le directeur du FBI s’est senti dans l’obligation d’en faire part au Congrès. S’il ne l’avait pas fait, il aurait pu se trouver en situation de parjure, c’est-à-dire de violation de sa promesse faite aux parlementaires, un crime grave aux Etats-Unis qui, pour un haut fonctionnaire comme le directeur du FBI, peut conduire à sa révocation.

Certes, une tradition (une règle non écrite) du ministère de la Justice américain (dont dépend le FBI) veut qu’on ne communique pas sur une enquête en cours (non classée), ce qui est le cas s’agissant de l’affaire des emails d’Hillary. Il est exact que le directeur du FBI a choisi d’enfreindre cette coutume, non pour faire plaisir aux Républicains, mais pour ne pas encourir la honte suprême d’une révocation pour parjure !

Epilogue : dimanche 6 novembre, le FBI a annoncé qu’il ne recommandait pas de poursuites contre Hillary Clinton après avoir examiné les nouvelles pièces du dossier des emails classés secret.

___________________________

Les théories du complot sont très répandues aux Etats-Unis. En 2013, pas moins de 28 % des Américains croyaient ainsi qu’une élite mondiale secrète était en train de bâtir un nouvel ordre mondial et 21% étaient convaincus que le gouvernement dissimulait les preuves d’un crash d’OVNI survenu à Roswell, au Nouveau-Mexique, en 1947.

 

Le plupart des théories du complot qui naissent aux Etats-Unis depuis un siècle, de l’assassinat de JFK à la perpétration du 11 septembre par la CIA, reposent sur la croyance que le gouvernement fédéral est fondamentalement mauvais, vicié, et, en contrôlant l’information, dissimule la vérité à d’honnêtes citoyens afin de consolider son pouvoir nuisible.

 

Par La rédaction