Retour sur le « Pizzagate », quand la théorie du complot bouscule le réel

En novembre 2016, une liste d’emails parlant cuisine italienne et restaurants a bousculé la vie politique américaine.  En rendant publique une série de courriels anodins de John Podesta, ex-directeur de campagne de Hillary Clinton, WikiLeaks a rendu hystérique un pays qui n’est plus à ça près.

Sur Reddit et 4Chan, deux réseaux sociaux, les internautes, à la recherche d’une hypothétique révélation à tirer de ces emails, créent un lien entre la consommation de pizzas de l’homme politique américain et un potentiel penchant pédophile.  Complètement fantasmée, cette rumeur conduit quelques jours plus tard un homme à s’attaquer à une pizzeria de Washington.

Le forum 4chan, espace de jeux de l’Alt-right américaine

Le premier indice est trouvé par un internaute de 4Chan faisant le lien entre un message portant sur une « cheese pizza » (« pizza au fromage » en anglais) et les initiales c.p, « child pornography » en anglais, autrement dit, la pédophilie. Un internaute anonyme multiplie les trouvailles d’expressions évocatrices à double-sens. Chaque mail devient suspicieux, la machine des réseaux sociaux s’emballe. Un hot-dog est un garçon, une pizza, une fille, des pâtes, un petit garçon et une glace, un prostitué. Il ne faut pas longtemps aux internautes pour faire le lien entre la notion de pizza, et la pizzeria de Comet Ping Pong, à Washington, où les frères Podesta ont leurs habitudes. Celle-ci appartient à un de leurs proches : James Alefantis, un homme d’affaires proche du parti démocrate.

Sur Twitter, la rumeur prend de l’ampleur, propagée notamment par une des figures de l’Alt-right américaine : John Posobiek. Le cocktail politique et pédophilie fonctionne, l’audience des sites de désinformation aussi. Le hashtag #PizzaGate fait fureur, soutenu par plusieurs sites complotistes sautant sur l’occasion. Des parallèles sont établis entre recettes de cuisine et pratiques pédophiles. Dans la foulée, le site conspirationniste « The Vigilant Citizen » affirme : « Ils ont découvert un réseau de trafic d’enfants pour les élites qui célèbrent leurs penchants en utilisant des noms de code et des œuvres d’art dérangeantes ». D’une rumeur sur internet, la théorie s’immisce dans le monde réel. Les menaces virtuelles prennent la forme d’une attaque à main armée. Le 4 décembre, un homme armé s’introduit au sein de la pizzeria de la capitale américaine et tire sans blesser personne. Et sans trouver d’enfants.

Complotistes de tous bords, unissez-vous !

Entre temps, les complotistes de tous bords ont attisé les braises du complot. Une photo postée quelques mois plus tôt sur son compte Instagram par James Alafantis, portant un tee-shirt « J’aime l’enfant », devient une nouvelle preuve à charge de la pédophilie de l’homme d’affaires. Quelques jours plus tard, le New York Times révèlera pourtant le subterfuge : l’homme de la photo n’est pas le propriétaire du restaurant, mais le propriétaire d’un autre restaurant de la capitale américaine appelé… « L’Enfant Café-bar ». L’étape suivante touche Barack Obama, photographié en train de jouer au ping-pong avec un enfant. À Comet Ping Pong, comme semble le montrer la photo prise par James Alafantis ? Une fois de plus, la réponse est non, la photo a été prise en plein cœur de la Maison Blanche. Mais comme une bonne théorie du complot doit avant toucher des hommes politiques, Barack Obama était la victime parfaite.

Malgré les preuves évidentes qui contredisaient cette théorie, le complot a traversé l’Atlantique, et des sites complotistes comme « Nouvel Ordre Mondial » ou « Agoravox » l’ont mentionné.

 

Par La rédaction

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