Idée reçue sur l’islam : non, il n’est pas interdit de représenter le Prophète Mohammed

C’est l’une des idées reçues qui a la peau la plus dure. Selon une opinion courante, il serait de tout temps interdit de figurer, ou de représenter, le prophète Mohammed. Or c’est la représentation de Dieu qui est interdite en islam, non celle de son Prophète.

D’abord, le Coran ne comporte aucune interdiction formelle de représenter ni les hommes ni les animaux. « Seule la représentation de Dieu est interdite », rappelle souvent l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou. « La réprobation coranique est en revanche très forte envers les pratiques idolâtres qui auraient caractérisé le polythéisme de l’Arabie préislamique », souligne cependant Vanessa Van Renterghem dans un article consacré à la représentation figurée du Prophète Mohammed.

Image ci-dessus : Muhammad reçoit la révélation de l’ange Gabriel. Compendium des Histoires (Jâmi‘ al-tawârikh) de Rashîd al-dîn, manuscrit illustré produit à Tabriz au début du XIVe siècle (Edinburgh University Library, MS Arab 20).

D’innombrables représentations artistiques du Prophète Mohammed

De nombreuses oeuvres, au 12ème et 13ème siècle notamment, représentaient Mohammed. Souvent, dans des miniatures turques ou bien encore mongoles, son visage était voilé, mais parfois il ne l’était pas. A partir du 16ème siècle, sous les Safavides (une dynastie iranienne qui a régné de 1501 à 1732), des oeuvres représentent le prophète Mohammed, comme par exemple le célèbre et très populaire Livre du Mi’raj, c’est-à-dire l’ascension au ciel.

Image ci-dessus : représentation du Prophète Mohammed dans un manuscrit ottoman du 17ème siècle. 

Dans un livre sur « Le Prophète de l’islam en images : un sujet tabou ? » (Bayard, 2013), François Boespflug exhume une série de vingt représentations du Prophète Mohammed provenant de différents pays (Iran, Afghanistan, Turquie, etc.) montrant que, pendant des siècles, il a été représenté  dans des manuscrits, tantôt dévoilé, tantôt recouvert d’un voile, tantôt encore nimbé.

Un tabou progressif

En réalité, ce sont les savants et les autorités religieuses qui ont, pour mieux contrôler la communauté et légitimer leurs pouvoirs et influences, fait de la représentation du Prophète un tabou. Des courants fondamentalistes (le wahabbisme en particulier), à partir du 19ème siècle, ont accentué ce phénomène et, en se fondant sur des hadiths, fustigé toute forme de représentation du Prophète. Peu à peu, cette pratique s’est répandue, jusqu’à devenir une opinion courante, un stéréotype.

En Iran, aujourd’hui, la tradition chiite autorise la représentation du Prophète et la diffusion d’images le figurant, comme ici :

« « Le clergé chiite tolère ces objets de recueillement, de dévotion populaire. Il interdit cependant de prier face à eux pour les cinq prières quotidiennes ou celle du vendredi », précise Sabrina Mervin, spécialiste du chiisme contemporain à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Ainsi, sur le site Internet du grand ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité du chiisme en Irak, figure une fatwa (un décret religieux) estimant que le Prophète peut être représenté, mais pas de manière insultante », explique un article du Monde. 

Affaires des caricatures danoises

Dans l’affaire des caricatures danoises qui a suscité de très vives polémiques, en particulier dans le monde musulman, en 2005, ce n’était pas tant la figuration du Prophète qui était en cause que l’association de sa personne avec le terrorisme. Au fond, ce n’est pas la représentation du Prophète qui est interdite, mais sa caricature qui, à tort ou à raison, est offensante pour de nombreux croyants.

Par La rédaction

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