Quel est le rôle d’internet dans la radicalisation ?

Internet joue un rôle majeur dans le processus de radicalisation, mais les modalités précises par lesquelles un individu se radicalise en ligne demeurent assez floues.

Tous ceux qui s’intéressent aux processus de radicalisation savent désormais qu’internet jouait un rôle important, au début du processus ou bien au milieu, par exemple pour nouer des contacts ou conforter des « convictions ».

Pour Benjamin Ducol, responsable de la recherche au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), situé à Montréal, au Canada, le risque majeur d’Internet réside dans le fait qu’il permet de rentrer dans une « bulle cognitive », indique-t-il dans une interview à La Croix. « Internet vient renforcer les idées que l’on a, car, par l’effet des réseaux sociaux et des algorithmes, il propose automatiquement des contenus liés aux recherches précédentes ou à ses contacts, et exclut toute proposition déviante. Internet peut enfermer les gens dans une manière de penser », explique-t-il.

De ce point de vue, Internet joue le même rôle en matière de radicalisation terroriste que pour les théories du complot, deux phénomènes qui sont liés (voir ici). Pour le sociologue Gérald Bronner, la plupart des djihadistes sont porteurs d’items et de croyances conspirationnistes.

Nécessité d’un terrain favorable

Pour que la radicalisation s’opère, en revanche, note Benjamin Ducol, il est nécessaire qu’il y ait un terrain favorable, une sorte de faille, une fragilité. « Pour que la radicalisation se fasse, il faut qu’il y ait un terrain chez la personne : des failles identitaires, un malaise social, une problématique scolaire, un sentiment de stigmatisation… », analyse-t-il. Et pour qu’internet joue un rôle dans le processus de radicalisation, encore faut-il que l’individu qui « surfe », en quête d’informations ou de contacts, réponde à un besoin, à une fragilité. « La propagande n’est efficace que si elle répond à un vécu douloureux », note Benjamin Ducol.

Selon quelles modalités, pourtant, Internet joue-t-il un rôle dans la radicalisation ? Les avis sont partagés, pour certains chercheurs, Internet induit un phénomène d’habituation à la violence, qui entraîne une désensibilisation et donc une propension à user de la violence pour régler un problème. Pour d’autres, c’est, en plus du contenu, l’écran qui est problématique, et en particulier la lumière bleue qu’ils diffusent.

Dans une étude financée par le CNRS après les attentats du 13 novembre 2015, une recherche a été menée pour savoir si la lumière bleue émise par les LED des téléphones portables et des ordinateurs pouvait renforcer, notamment, l’agressivité d’un sujet. « Les cellules de la rétine touchées par la lumière bleue interviennent dans des parties du cerveau liées à la régulation des cycles sommeil/éveil, aux fonctions cognitives, à la mémoire, aux émotions et à l’agressivité », note la chercheuse Virginie Laurent-Gydé, citée par La Croix. 

Trois parcours de radicalisation en ligne

Benjamin Ducol est le co-auteur d’un rapport de 255 pages sur le rôle d’Internet dans le processus de radicalisation, remis en mars 2015 au gouvernement canadien, qui étudie la trajectoire de radicalisation d’une vingtaine d’extrémistes violents, de Mohamed Merah à Anders Breivik en passant par Michael Zehaf-Bibeau. Pour lui, il existe trois parcours de radicalisation en ligne.

D’abord, les« pure online radicals », pour lesquels internet joue un rôle essentiel et structurant, à la fois en amorçage (dans l’exposition initiale à des contenus extrémistes), mais aussi dans la structuration du processus de radicalisation. Ensuite, il y a ceux pour lesquels internet est un « facteur de renforcement » de la radicalisation, « dans la mesure où la consultation de sites ou de communautés en ligne extrémistes vient renforcer un processus de radicalisation déjà bien entamé par des rencontres et des interactions sociales au sein du monde réel. Dans cette configuration, Internet joue davantage un rôle de « pourvoyeur de contenus » pour les individus qui sont déjà en processus de radicalisation », explique Benjamin Ducol dans une interview au Monde.  Enfin, il y a ceux pour lesquels internet ne va jouer qu’un rôle de « point d’entrée » : l’accès à des contenus extrémistes constitue ainsi le point de départ de la trajectoire de radicalisation d’un individu, qui va ensuite abandonner internet pour poursuivre sa trajectoire dans le monde réel.

Par La rédaction

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