L’université d’Al Azhar veut criminaliser la violence perpétrée au nom de l’islam

Les théologiens de l’université d’Al Azhar, en Egypte, voudraient faire adopter une loi criminalisant la violence perpétrée au nom de la religion musulmane.

La mosquée d’Al Azhar est considérée comme la plus haute autorité de l’islam sunnite. C’est pourquoi ses avis et décisions ont un retentissement particulier dans le monde musulman, du moins sunnite.

Une loi pour interdire les discours de haine contre les croyances religieuses

Sous la houlette de Ahmed El-Tayeb, le grand imam d’Al Azhar, les théologiens de cette prestigieuse université sont en train d’élaborer « un projet de loi qui criminalisera les discours de haine, en particulier contre toute croyance religieuse. »
L’imam El Tayeb, qui dirige l’université depuis 2010, veut ainsi graver dans le marbre d’une loi la « totale incompatibilité entre la violence justifiée par des arguments religieux et la Charia ». Cette loi devra punir « l’incitation à la haine », mais aussi « les crimes violents commis au nom de la religion » et devrait ainsi « contribuer à promouvoir la tolérance », rapporte le journal Al Ahram.
Ce texte devrait également proscrire « tout acte de discrimination entre les citoyens » et inciter l’éducation nationale comme les médias à « répandre une culture de fraternité et de tolérance, de respect de la doctrine religieuse de l’autre ».
Cette importante initiative intervient bien sûr dans le contexte tragique des attentats perpétrés en Egypte, en particulier contre la minorité copte du pays, ces derniers mois.

L’affaire du prédicateur takfiriste

L’initiative de l’imam El Tayeb vient aussi répondre à une polémique qui a, ces derniers mois, sérieusement porté atteinte à l’université d’Al Azhar.

En effet, l’un de ses étudiants, Salim Abdul Jalil, devenu prédicateur et fonctionnaire au ministère des wakfs (dons perpétuels), avait début mai 2017 lancé sur un plateau de télévision une accusation d’apostat à l’encontre des chrétiens et des juifs, les exhortant à « à se convertir à l’islam avant de mourir s’ils veulent éviter la punition divine réservée aux infidèles après leur vie terrestre ».

Cette pratique d’excommunication, hélas courante dans les pays musulmans, est appelée le takfir (voir notre article sur le takfir ici).

Depuis, le prédicateur a été interdit de prêche et la télévision a présenté ses excuses aux « frères chrétiens », mais cette sinistre polémique a laissé des traces.

Les autorités de l’université d’Al Azhar, éclaboussées par l’affaire, ont tenu à réagir. Ce projet de loi visant à interdire les discours de haine au nom de l’islam constitue leur première réponse. Pourvu maintenant que le projet soit voté au Parlement… et que la loi s’applique.

Par La rédaction

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