Décryptage : Nordpresse, second degré ou mauvais goût ?

Victime de son succès, le désormais célèbre site d’information parodique  Gorafi a fait des émules en Europe. Parmi elles, Nordpresse, un autre site qui commente des évènements réels ou imaginaires… mais avec moins de satire et un peu plus d’arrière-pensées.

On adore tous Le Gorafi. Le site réussit à détourner l’actualité par l’absurde, et cela peut vraiment être hilarant. Ce n’est en tout cas jamais malveillant – pas même quand Christine Boutin tombe dans le piège et cite l’un de leurs faux titres pour tacler le gouvernement sur le Mariage pour Tous. (« Loi sur la famille – Le gouvernement refuse de parler de « recul » mais de « stratégie provisoire d’avancement à potentialité différée »).

Mais d’autres sites ne maîtrisent pas le second degré aussi bien que Le Gorafi. On peut même se demander si la parodie n’est pas un simple prétexte pour atteindre d’autres buts. C’est le cas du site belge Nordpresse.

Chaque chose en son temps : d’abord, c’est quoi Nordpresse ?

Il s’agit d’un site belge, créé en 2014 par Vincent « Flibustier », un pseudonyme pris à ses débuts à la radio. Car oui, avant de parodier la presse avec son site, Vincent a fait des études de journalisme en Belgique. Enfin pendant trois semaines. Il se définit lui-même comme un « un genre de journaliste raté », dans un entretien pour le Bruxelles Bondy Blog. Cette tête brûlée créé Nordpresse un soir, alors qu’il rentre ivre. Le nom du site reprend celui du titre Sudpresse, société – bien sérieuse – de presse régionale belge tenue par le Groupe Rossel (Le Soir, La Voix du Nord…). Vincent Flibustier semble particulièrement détester Sudpresse, le traîne devant les tribunaux à plusieurs reprises pour des histoires d’adresses personnelles de journalistes dévoilées.

Alors, Nordpresse, c’est pour rire oui ou non ?

Le problème, c’est qu’à la différence du Gorafi qui publie 100% de fausses actus à prendre au second degré, Nordpresse est un mélange de vraies news reprises d’autres médias, de canulars et de fausses-actu-mais-qui-paraissent-vraies. Ces dernières ne sont créées que pour piéger les médias peu regardants. Le principe : des articles purement mensongers, sans aucun humour.

Capture d’écran de Nordpresse

 

Ça, c’est un canular, on sent le second degré à la Gorafi. Maintenant, essayer de le trouver dans cet article :

Capture d’écran de Nordpresse

 

C’est plus compliqué, non ? Et bien cet article a été repris en masse sur les réseaux sociaux, induisant en erreur par son contenu en apparence tout à fait neutre.

Quel est le but d’une telle manoeuvre ? Faire le buzz, piéger les médias qui reprendraient l’info, ou simple malveillance… C’est que Nordpresse n’est pas à son coup d’essai. Quelques mois plus tôt, le site belge a réussi son coup : brouiller les pistes, semer la pagaille et, Graal du Graal pour les trolls, faire en sorte que sa fake news soit reprise par un média.

Le jour où Nordpresse a brillé

Nous sommes le 13 mars 2017, après la primaire de la gauche. Manuel Valls est battu par Benoît Hamon, et tout le monde attend qu’il lui apporte – ou pas – son soutien pour la présidentielle. Via son site web, Le Parisien annonce son scoop :  la volonté de Manuel Valls d’appeler à voter Emmanuel Macron dès le premier tour. L’ex Premier ministre dément avec colère. Très vite, un certain site se vante d’avoir piégé le quotidien grâce à de faux mails envoyés à la journaliste Nathalie Schnuck. La source secrète de la journaliste, c’était en réalité… Nordpresse. Un peu la honte pour Le Parisien, on est d’accord. Attention, ce n’est pas fini. Dans un retournement de situation, le quotidien nie l’existence de tels mails et maintient que l’information est vraie et étayée par les confidences d’une véritable source.

Qui dit vrai ? Nordpresse a-t-il vraiment refilé l’ « infaux » au Parisien, ou bien est-ce que le canular réside dans le simple fait de prétendre que oui ? Au fond, peu importe, on ne le sait pas et on ne le saura sans doute jamais. L’important est que le mal est fait : le vrai et le faux se mélange, on ne sait plus ce que l’on doit croire, bref on se retrouve désinformé.

Si c’est pas pour faire rire, à quoi sert Nordpresse ?

Nul doute que Vincent Flibustier se marre bien. Sa démarche peut néanmoins laisser perplexe. Nordpresse ne ment pas pour servir un but précis (politique par exemple, comme nous l’avons montré avec le décryptage des sites de « réinformation »). Sauf peut-être celui de mettre un peu plus le bazar dans un contexte où le complotisme et les fake news sont au taquet. Gardez cela en tête quand vous voyez un article tiré de Nordpresse…

Par La rédaction

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