« Réinformation » ou désinformation ? Quatre sites polémiques passés au crible

Site de réinformation : c’est ainsi que se présente nombre de sites qui pullulent sur Internet. Le terme, forgé par l’extrême-droite, rend compte de l’idéologie partisane qui anime les auteurs de ces sites, férocement opposés aux médias « mainstream », qui font souvent partie de la droite dure. Décryptage.

Ces sites se présentent comme des sites d’information, mais ils ne le sont pas. Au prétexte de nous « réinformer », ils nous désinforment en propageant des rumeurs et de fausses informations. Nous avions déjà décortiqué le site media-presse.info, dont le nom est déjà tout un programme. En voici quatre nouveaux, armes de poing de la fachosphère, dont la propagande – et non l’information – sert des idées bien précises : celles de l’extrême droite.

1. Fdesouche

Le site Fdesouche est alimenté par une revue de presse des contenus de médias grand public, autour de thèmes chers à l’extrême-droite comme l’immigration, l’islam et l’insécurité. Le plus souvent, aucun commentaire n’est ajouté par la rédaction de Fdesouche. Le site se contente de de compiler des articles soigneusement choisis pour coller à l’idéologie de son créateur.

Capture d’écran du site : cet article présente une suite de vidéos de musulmans célébrant l’Aïd, sans aucun commentaire de l’équipe de rédaction.

Le site a été fondé en 2005 pour Pierre Sautarel, le principal animateur du site et le directeur de publication présumé. Le Front National l’a employé de 2006 à 2011, en tant que webmaster. Pierre Sautarel s’est présenté en tant que suppléant sous l’étiquette du parti durant les élections législatives de 2007, dans la deuxième circonscription de Seine-et-Marne.

Comme le résume l’outil Décodex du Monde, si Fdesouche utilise le plus souvent des sources de médias grand public, la présentation des faits est orientée et aucun contrepoint n’est offert. Le site relaie parfois des rumeurs non vérifiées, sur un ton interrogatif. Exemple récent : Fdesouche a relayé un article du site parodique belge lesoir.info (qui se fait passer pour le média national belge lesoir.be), article selon lequel la campagne d’Emmanuel Macron était financée à plus de 30 % par l’Arabie Saoudite.

2. Egalité et Réconciliation

Créé par Alain Soral, probablement l’une des figures « identitaires » les plus connues, la plateforme a pour devise « gauche du travail, droite des valeurs » et servait au départ à élargir la base du Front National, parti au sein duquel Alain Soral militait. Après son départ en 2009, le site est devenu le relai des thèses « soraliennes » : un mélange d’idées d’extrême-droite, de théories antisémites, d’intox et de conspirationnisme, avec au centre la figure du chef – pardon, du « président ».

Capture d’écran du site Egalité et Réconciliation

3. Boulevard Voltaire

Classé à l’extrême-droite, Boulevard Voltaire a notamment été condamné le 18 novembre 2014 pour « incitation à la « discrimination et à la haine contre l’ensemble des musulmans ». En cause ? Un article intitulé « Que faire des musulmans une fois le Coran Interdit ? » qui appelait tranquillement à « tirer dans le tas ».

Deux journalistes sont à l’origine de Boulevard Voltaire : si le nom de Dominique Jamet (81 ans, ex-journaliste à France-Soir et RMC, qui a démissionné de Boulevard Voltaire en 2016) n’est peut-être pas familier, Robert Ménard a suffisamment fait parler de lui dans les médias.

Un temps engagé à gauche, l’ancien président de Reporters Sans Frontières est devenu une figure de l’extrême-droite. Il n’est pas membre du Front National (avec qui il est désormais brouillé), mais c’est avec son soutien qu’il a été nommé maire de Béziers en 2014. Charmante ville occitane dont il s’est appliqué à faire la promotion des médias, du fichage ethnique des enfants sur la base de leur nom (une enquête classée sans suites) à sa guerre contre les kebabs au nom des « traditions judéo-chrétiennes ».

 

Capture d’écran de la page d’accueil : les onglets mis en valeur sont « islam », « migrants » et « lobby LGBT ».

4. TV Libertés

Un peu de télévision maintenant. Lancée en 2014, TV Libertés est une chaîne en ligne, hébergée sur Youtube (désormais rejointe par Euro Libertés, qui fait de la « ré-information » sur l’Europe et par Radio Libertés…Bon, vous avez compris.)

Capture d’écran de la chaîne Youtube : Jean-Frédéric Poisson est invité.

« 1ere chaîne de réinformation », « ouvertement pour la défense et la promotion de la culture et de l’esprit français au cœur des nations européennes », TV Libertés a ce mérite : on y croirait presque. Revendiquant près d’1 million de budget, uniquement des dons, la chaîne se permet des allures très professionnelles. Mais le contenu ne s’y trompe pas : on y invite exclusivement des partisans de la droite dure : Christine Boutin, Henri Gaino, Marion Maréchal-Le Pen ou encore Alain de Benoist (intellectuel « ethno-différentialiste »).

 

Bien que TV Libertés ne se revendique d’aucun parti politique, son co-fondateur Martial Bild a été cadre au FN de 1980 à 2008. Signalons aussi la présence, en tant que directeur technique, d’Arnaud Soyez. Celui-ci a participé été directeur administratif et financier du journal officiel du FN, puis comme délégué national à la propagande.

Capture d’écran du site web de TV Libertés : un exemple d’informations traitées.

 

Pour aller plus loin :

Comment vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux ?

Le Decodex du Monde, un outil qui vous permet de vérifier la fiabilité d’une source

Cet article du Monde sur les sites de propagande identitaires qui se font passer pour des médias locaux

Par La rédaction

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