Daesh, vers un « califat virtuel » ?

L’effondrement de l’organisation terroriste sur le terrain va-t-il donner lieu à un « califat » virtuel ?

Daesh a su tirer à son avantage l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux. Sa propagande médiatique est inégalée. Traduite en plusieurs langues, elle comprend des agences de presse (Amaq, Al hayat), des magazines en ligne et des chaînes de radio, organisées par des équipes médiatiques consciencieuses et très efficaces.

L’organisation terroriste est défaite militairement

Le 9 juillet, le premier ministre irakien annonçait officiellement la reconquête de Mossoul, bastion de Daesh. La deuxième ville irakienne avait une dimension symbolique pour l’organisation terroriste : c’est là que Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé le califat de Daesh. Le 18 octobre, c’est Raqqa la capitale territoriale de Daesh qui a été reprise par la coalition arabo-kurde soutenue par la coalition internationale.

Sur le plan militaire l’organisation terroriste est totalement démunie. Même si Daesh n’a pas encore disparu, son illusion d’État est depuis un moment, engloutie. Malgré cet affaiblissement, l’organisation cherche par tous les moyens à continuer d’exister et saisi chaque opportunité qui lui permet de préserver sa visibilité médiatique.

Car la défaite militaire ne signifie pas la fin de l’organisation terroriste, parce que son idéologie persiste.

On ne peut pas parler d’une victoire à part entière

Malgré la perte de quasiment tout son territoire, l’organisation réussit encore à inspirer un pans de la jeunesse.

"La diminution de l'organisation physique ne permet pas la disparition 
de sa présence virtuelle. Au contraire, le cyberespace lui permet de 
rester pertinente malgré les revers sur le champ de bataille. Ça leur 
permet également de continuer d'inspirer le public". Joseph L.Votel

Les défaites militaires n’ont réduit ni la menace qu’elle fait peser, ni son attractivité. Pour l’organisation terroriste, désormais la victoire sera spirituelle. La chute du pseudo-Etat permet ainsi d’alimenter, toujours plus leur propagande. Rapport du général Joseph L. Votel, commandant de l’US Central Command.

"Comme nous consolidons leurs capacités physiques, le groupe se tourne 
vers l'espace de combat virtuel pour consolider et regrouper leurs 
forces".

Les djihadistes font d’ailleurs référence à la bataille du Fossé, où les troupes du prophète Mohamed aurait subi une défaite militaire mais que comme pour ce dernier, des alliances viendront et la victoire finira par arriver. Cette grande défaite militaire permet à l’organisation de valoriser les opérations martyres de ses combattants.

Quel avenir pour le groupe terroriste ?

Daesh, qui avait au départ fondé une partie de sa propagande sur les caractéristiques d’un Etat – et notamment le territoire – doit revoir sa stratégie et sa communication pour continuer mobiliser.

L’organisation a déjà trouvé une alternative : « le califat virtuel » qui va lui permettre de continuer la lutte et d’encourager ses partisans. Ce califat virtuel commence par la mise en place de cours en ligne (études religieuses, initiation à la guerre, rappel de l’histoire, valorisation de la guerre sainte …). Cela permet de maintenir un « lien » entre les membres de l’organisation et de garder une certaine attractivité vis-à-vis de nouvelles recrues. Ces cours sont proposés en plusieurs langues et ont lieu plusieurs fois par semaine. Derrière se cache bien sûr une propagande radicale. Diffusée au sein de groupes d’études, elle permet de renforcer le sentiment d’appartenance du groupe et de ses membres et de raviver la haine.

En 2015, Charlie Winter chercheur spécialisé sur le terrorisme et les insurrections, a publié un rapport, pour le groupe de réflexion Quilliam. Le rapport s’intitulait « Le califat virtuel » et analysait la propagande de Daesh. Cette notion de califat virtuel est donc ancienne mais prend toute son importance depuis quelques semaines.

Par La rédaction

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