Twitter, les réseaux sociaux et l’art du faux

La revue Science, quitte les sciences dures pour parler de sciences sociales le temps d’un numéro. Début mars, elle décide de faire la démonstration savante sur le fait que les mensonges se propagent plus vite et plus loin que les vérités et titre «comment le mensonge se propage; sur le média social, les fausses nouvelles écrasent la vérité» .

A partir d’un corpus de plus de 126 000 histoires qui ont circulé sur Twitter entre 2014 et 2017, principalement aux États-Unis un trio de chercheurs du MIT mènent l’enquête. Ils vont se demander  dans un premier temps si le faux et le vrai sont diffusés de la même manière et comment ils vont être diffusés. Ils s’intéressent enfin aux facteurs du jugement humain qui permettent d’expliquer et comprendre ces différences dans la manière de propager l’information.

Avec ce trio de chercheurs c’est pas moins de six organisations spécialisées dans le fact-checking et des étudiants qui vont vérifier ces 126 000 histoires pour déterminer leur caractère « vrai » ou « faux ».

Résultats

Il y a certainement de quoi inquiéter lorsqu’on lit les résultats, les fausses nouvelles sont diffusées plus rapidement, par plus de personnes et touchent plus de monde. Elles deviennent très vite « virales » c’est-à-dire lorsque l’information connait succès sur succès à chaque nouveau retweet.

Quelles informations sont les plus virales ?

Il y a un hiérarchie des « fausses informations » par thèmes. Ainsi, les informations les plus diffusées concernent la politiques, viennent ensuite dans l’ordre les « légendes urbaines », les affaires économiques, les informations scientifiques, tout ce qui concerne le divertissement et enfin les catastrophes naturelles.

Homme ou robot : qui propage le plus de faux ?

Les bots (estimés entre 9 et 15% des comptes Twitter actifs) sont plus efficaces dans la propagations des nouvelles mais ils les distribuent équitablement : ils ne font pas la différence entre le « vrai » et le « faux ». C’est donc l’être humain qui pousse la balance d’un côté, et fait gagner le faux sur le vrai !

Quels coûts engendre le faux ?

En moyenne il faut six fois plus de temps au vrai par rapport au faux pour toucher 1500 personnes. Les retweets de fausses nouvelles sont plus nombreux que ceux des des vraies. Cette diffusion presque instantanée du faux n’est pas sans conséquences, elle peut avoir des ces effets très néfastes voire provoquer des évènements incontrôlables. Un « simple faux » tweet sur la santé de Barak Obama avait ébranlé le marché boursier de Wall Street en 2013 par exemple. Plus grave encore, la diffusion de fausses informations jette le discrédit sur les institutions démocratiques et la science en général (voir climato-sceptiques ou anti-vaccins) qui supposent un adhésion à travers la confiance.

Pourquoi le faux l’emporte sue le vrai

Les scientifiques mettent en évidence que les « twittos » qui diffusent de vraies informations sont souvent sur Twitter depuis plus longtemps, sont plus actifs, produisent plus de tweets etc … alors pourquoi le faux l’emporte sur le vrai ?

Les chercheurs mettent en évidence les caractéristiques qui facilitent la diffusion du faux : comparé au vrai il est plus attrayant, nouveau, il est apporte avec lui de l’émotion (dégout, curiosité, surprise etc..)

Comment lutter contre le faux ?

La proposition la plus aboutie aujourd’hui est éducation critique aux médias dès le cycle primaire. Pousser les enfants dès le plus jeune âge, à travers l’institution scolaire, à comprendre la différence entre opinion, croyance et savoir. Leur donner les armes nécessaires pour comprendre une informations et remonter son fil.

Coopération avec les GAFA ?

Les plateformes (Twitter, Facebook…) doivent prendre la part de responsabilité qui leur incombe dans la propagation des fake-news. Les actions qu’elles mènent aujourd’hui sont insuffisantes et trop peu dissuasives : fermetures de comptes, modification d’algorithme… Il serait temps des travailler main dans la main avec les chercheurs, mettre à leur disposition des données nécessaires à leurs travaux de recherches concernant la variable monétisation ou la qualité des informations des algorithmes de recherches.

Et l’État dans tout ça ?

Emmanuel Macron a annoncé courant janvier 2018 vouloir une loi sur les fake-news. Cette proposition soulève des inquiétudes, cette loi peut pousser à des dérives, devenir un instrument de censure.

 

Pour aller plus loin : Science 

 

Par La rédaction

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