Excision : tour d’horizon d’une pratique encore -trop- répandue

Selon les Nations-Unies, 200 millions de femmes étaient touchées par l’excision dans le monde en 2016. Loin d’être réservée aux pays africains, cette pratique concerne aussi plusieurs dizaines de milliers de femmes dans les pays occidentaux. En France, l’on estime à 60 000 le nombre de victimes de l’excision. Justifiée par des obligations religieuses, pourtant inexistantes, l’excision repose sur des matrices culturelles et traditionnelles ancestrales. Outre les conséquences physiques et psychologiques évidentes, ces mutilations constituent des atteintes durables au corps des femmes et à leur droit à disposer de leur corps. Etat des lieux d’une pratique ancestrale encore trop répandue

Une trentaine de pays touchés, des conséquences dramatiques

L’excision se pratique dans une trentaine de pays. La moitié des femmes sur lesquelles l’excision est pratiquée, vivent en Ethiopie, Egypte et en Indonésie. Concrètement, l’excision se traduit par une ablation clitoridienne. L’opération est douloureuse et réalisée avec les moyens du bord -le plus souvent un couteau et une simple lame de rasoir-. Les femmes ne sont pas anesthésiées pendant toute la durée de l’opération, et les conséquences pour l’intégrité physique et psychique des victimes sont désastreuses. Les risques d’infection et d’hémorragie, autant que ceux liés aux transmissions de maladies sexuellement transmissibles (MST), sont extrêmement importants. Plus précisément, des problèmes vaginaux chroniques, des infections (tétanos), des douleurs pendant les rapports sexuels ou des risques d’incontinence sont autant de conséquences classiques de l’excision. Si la plupart des pays touchés ont adopté une politique juridique volontariste pour lutter contre ce fléau, trois d’entre eux n’ont pas encore adopté de lois contre ces pratiques (le Libéria, le Sierra Leone et le Mali). Les traités internationaux ou régionaux sont d’ailleurs très clairs et condamnent absolument toutes les formes de mutilations à l’encontre des jeunes femmes. C’est ainsi le cas de la Convention Internationale sur les Droits de l’Enfant (CIDE) ou encore de la charte africaine sur les droits et les bien-être de l’enfant.

Des coutumes religieuses … sans fondement théologique

What the Fake revenait l’année dernière sur les prétendus interdits religieux dictant la pratique de l’excision. En effet, rien, dans les textes sacrés de l’Islam ne justifie de telles pratiques. L’avis rendu par le grand mufti d’Egypte, institution religieuse majeure de l’islam sunnite, était pourtant limpide. La sacralité du corps humain, quel que soit son genre, interdit en effet toutes les formes de mutilation. Une opinion trop largement répandue accorde l’exclusivité de l’excision à l’islam. Les régions largement christianisées d’Afrique sont aussi touchées par ce phénomène, comme au Ghana, Togo et au sud du Nigéria. Certaines femmes des communautés juives éthiopiennes, les falashas, sont aussi affectées. « D’ailleurs, l’excision a très largement précédé la naissance et le développement des grandes religions monothéistes. Souvent, l’excision est ainsi justifiée par les mythes et les croyances locales. » affirme Vitaly Malkin, homme d’affaires, ancien sénateur et intellectuel russe, fondateur de la Fondation Espoir, engagée de longue date dans la lutte contre les mutilations faites aux femmes[1]. Mais surtout, l’excision témoigne du maintien et d’une matrice culturelle encore ancrée dans un système de valeurs fondé sur une domination systématique des hommes sur les femmes. Pour les familles touchées, il est très délicat de refuser ce genre de pratique par peur du jugement social.

Où en est la lutte contre l’excision ?

Le facteur éducatif est un élément majeur de la lutte contre l’excision. En effet, la sensibilisation des populations et des familles et la déconstruction progressive des mythes et croyances qui précèdent l’excision sont un préalable indispensable. Ce processus passe tant par une présence continue au sein des systèmes éducatifs, destinée à faire des jeunes enfants les premiers acteurs de la lutte contre l’excision, que par des partenariats avec les autorités religieuses locales, tant musulmanes que chrétiennes. C’est notamment le rôle des organismes supranationaux, comme l’UNICEF, qui luttent activement aux côtés des autorités locales. Des synergies entre l’UNICEF et des organismes privés ont d’ores et déjà été mis en œuvre, voir par exemple le cas avec la Fondation Espoir. Les actions de cette fondation ont ainsi permis de soigner près de 2 200 jeunes éthiopiennes, victimes de l’excision. L’autre levier d’action de la Fondation Espoir est la sensibilisation des populations. Entre 2015 et 2017, des actions ont été menées auprès de 22 000 personnes. Particulièrement influents, les chefs religieux reçoivent aussi une attention toute particulière et 2 000 d’entre eux ont été formés à ces questions en Ethiope, par l’action conjuguée de la Fondation Espoir et de l’UNICEF.

[1] : Vitaly Malkin est l’auteur des Illusions Dangereuses, ouvrage parue le 16 mai dernier en librairie.

Par La rédaction

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