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Ensemble contre la haine

Internet est propice à la diffusion des discours de haine qui favorisent la radicalisation

S’il n’y a pas de lien direct de causalité établi entre internet et la radicalisation, le cyberespace est propice à la diffusion de discours de haine et d’appels à la violence, explique Séraphin Alava dans un article paru dans The Conversation.

Ainsi, précise-t-il, “d’après les sources de Google, plus 720 000 pages sont générées par des groupes radicaux ou terroristes entre janvier 2011 et décembre 2016. Le travail est donc immense pour les États, les entreprises du Net et les fournisseurs d’accès pour identifier, caractériser et identifier ces sites en vue de les supprimer”.

Face à cette prolifération des discours de haine, encore, il faut bien le dire, très peu endiguée par les géants du web, les Etats tentent de s’armer, avec des résultats jusque-là modestes. En France, l’Office central de lutte contre les criminalités liées aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) a ainsi, en 2015, retiré 1080 contenus à caractère terroriste et bloqués 68 sites faisant l’apologie du terrorisme, précise Séraphin Alava.

Ce sont les plus jeunes qui sont les plus réceptifs à ces discours de haine diffusés via internet. Les filles sont les premières cibles et les premières victimes de la radicalisation, indique Alava, qui évoque plusieurs sources de cette fragilité : les jeunes sont plus sensibles à des formes d’opposition de type nihiliste, plus sensibles aux discours mettant en avant l’injustice et la détresse, mais aussi aux idées simples et averses à la complexité. La jeunesse entretient par ailleurs un rapport méfiant à l’égard des médias traditionnels (d’où leur propension à consulter des médias d’ “alter-informations” ou conspirationnistes.

Séraphin Alava indique ensuite, d’après les recherches en sciences sociales, quelles sont les principales étapes de la “radicalisation numérique” :

  • le processus de radicalisation est un processus de type conversationnel qui part des préoccupations des jeunes et les conduit vers des idées radicales et de rupture. L’embrigadement est d’autant plus fort que l’éducation est faible.
  • Internet est le lieu privilégié de la diffusion des discours de haine. “Toutes les études sur la cyber violence ou la cyber haine nous alertent sur ce point (Gendarmerie royale du Canada, 2013) et les jeunes sont très sensibles à ces arguments, car la violence entre eux est banalisée. L’absence d’une politique forte de contre-discours ou de narrations citoyennes laisse donc la place aux théories complotistes et aux théories suprématistes”, relève Alava.
  • La radicalisation est un processus de conversion et d’adhésion où l’individu, loin d’être passif, comme hypnotisé, est actif et engagé dans un processus de demandes, de doutes qui s’effectue dans des conversations fondées sur leurs préoccupations. Alava note que “l’extimité” des jeunes, c’est-à-dire leur tendance à exprimer leurs sentiments intimes à des personnes inconnues, est une cource de cyberviolence.
  • La banalisation de la violence s’est accrue sur internet et les plus jeunes ne possèdent pas suffisamment de distance critique par rapport à leurs “actes numériques”. “Certains jeux vidéo et certaines pratiques vidéastes des jeunes eux-mêmes construisent un mode virtuel totalement détaché d’un regard critique et laissent penser que les valeurs et les droits humains ne sont que des vieilles idées. La tolérance, le respect de la vie humaine, le refus de l’agressivité, la recherche du consensus sont des valeurs spécifiques de l’âge adulte et non de la jeunesse. Pris dans ces idéologies, les jeunes peuvent passer à l’acte sans prendre conscience du caractère inhumain de leurs actes”, souligne Séraphin Aleva.
Par La rédaction

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