Non, la fatwa n’est pas un appel au meurtre

C’est une autre idée reçue sur l’islam qui a la vie dure. Depuis l’affaire Salman Rushdie, du nom de cet écrivain qui a fait en 1989 l’objet d’une “fatwa” le condamnant à mort lancée par l’ayatollah iranien Khomeyni, nombreux sont ceux qui, dans le monde occidental, ont tendance à associer la fatwa à l’appel au meurtre.

La fatwa, pourtant, est un simple avis juridique, non un appel au meurtre, ou une condamnation à mort. D’ailleurs, en arabe, “fatawa” (فتاوى) signifie littéralement “réponse” ou “éclairage”. Cet avis juridique est donné par un spécialiste de la loi musulmane (l’équivalent du droit canonique) que l’on appelle un mufti (la racine du mot est la même que dans “fatwa”).

Une fatwa est émise, en général, à la demande d’un individu pour clarifier un problème face auquel la jurisprudence n’est pas clair. On demande alors l’avis d’un spécialiste, d’un juge, pour trancher et clarifier le point juridique.

Evidemment, ces avis juridiques peuvent parfois prendre une dimension ridicule (voir ici les fatwas les plus absurdes, comme celle interdisant les bonhommes de neige) ou bien franchement tragique, comme justement celle émise par l’ayatollah Khomeyni en 1989 suite à la parution du livre de l’écrivain Salman Rushdie Les versets sataniques, jugé blasphématoire.

La prolifération des fatwas haineuses dans le monde musulman est un phénomène récent, qui date des années 80-90 et tient à la politisation de l’islam et à l’affirmation d’un courant fondamentaliste de l’islam.

Evidemment, des fatwas peuvent entrer en contradiction l’une avec l’autre. Souvent, de nouvelles fatwas annulent les anciennes. Ces contradictions peuvent expliquer que les Sunnites, plus que les Chiites, soient assez circonspects à l’égard des fatwas. Il est extrêmement rare, en effet, même dans les pays où l’islam est religion d’Etat, comme en Algérie, des citoyens aillent consulter une autorité religieuse pour avoir une fatwa, un avis, donc, sur un problème du quotidien. Les fatwas sont donc marginales aujourd’hui dans la vie des musulmans, et seules les plus retentissantes, parce que les plus absurdes ou haineuses, hélas, font parler d’elles…

Par La rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.